Le Moyen Âge : La réligion condamne la folie 2/2

Publié le par Modeste Salva

Le Moyen Âge : La réligion condamne la folie 2/2

Le Moyen Âge : La religion condamne la folie 2/2

-L’apport des philosophes à la psychologie :

Quelques philosophes d’obédience chrétienne vont, sans contredire les affirmations de l’Église, tenter d’apporter une explication psychologique à la folie.Ils s’en réfèrent à la sagesse et au discernement des penseurs Grecs. La foi et la morale conservent des affinités, et la maladie de l’âme est encore le point de rencontre du discours religieux et du discours philosophique.

St Augustin :

Il développe une théorie de la « conscience de soi ». Selon lui, la vérité de l’homme est à rechercher dans son âme, et non pas dans le savoir et la science.

Ses « Confessions » font penser au « connais-toi toi-même » de Socrate. L’introspection autobiographique, utilisée comme auto-analyse, s’avère être un instrument de connaissance psychologique de l’âme. La vérité révélée est thérapeutique puisqu’elle permet une prise de conscience intérieure, une meilleure compréhension de la nature humaine et des comportements : l’âme est parfois la proie de la folie lorsqu’elle est débordée par des troubles intérieurs faits d’angoisses, de pulsions, de conflits ou de sentiments.

St Augustin fut ainsi le précurseur de la psychanalyse.

St Thomas :

Comme Aristote, il refuse la vieille dualité formelle de l’âme et du corps. Pour lui, il y a une interaction constante entre les deux, comme entre l’amour et la haine.

Et lorsque l’âme n’est plus en mesure d’assurer la maîtrise des passions, elle sombre dans la déraison.
Les affections, les émotions, les sentiments peuvent donc entraîner la folie.
Et c’est ainsi que l’amour se retrouve promu, pour un temps, au rang des maladies mentales, aux côtés de la manie, de la mélancolie ou de la lycanthropie.

-Les premiers hôpitaux, les premières Écoles de médecine :

C’est en 1409, qu’apparaît le premier hôpital pour malades mentaux en Europe. Il est situé à Valence en Espagne.

On sait qu’il en existait déjà d’autres dans les pays arabes, notamment à Fès au Maroc, à Bagdad (vers 700) ou au Caire (800) .

En France, les premiers hôpitaux généraux, construits à Lyon en542, à Paris en 652 (Hôtel Dieu) , ne s’occupent que des maux physiques. La maladie mentale reste toujours l’affaire des ecclésiastiques.

Deux Écoles de médecine voient le jour au Moyen âge :

Celle de Salerne, en Italie, qui, bien que s’écartant des thérapeutiques religieuses et des superstitions, ne laisse pas de place à la psychologie. La maladie mentale reste considérée comme une maladie organique dans laquelle le cerveau est désigné comme principal responsable. On y découvre, par exemple, que certains abcès des ventricules cérébraux peuvent donner des psychoses que l’on soigne par des saignées et des régimes diététiques.

Celle de Montpellier, qui ne s’affranchit guère du dogmatisme religieux, comme en témoigne le traitement suivant, prescrit par le Dr Villeneuve, pour la manie :

« Perforer le crâne pour que la matière morbifique puisse passer à l’extérieur ». On pense ainsi évacuer les vapeurs nocives et les démons.

La théologie domine donc toute la pensée médicale, qui s’en tient à l’observance des principes spirituels et des explications religieuses. Dès qu’un médecin s’aventure à défendre d’autres thèses, il prend le risque d’être condamné comme hérétique.

La folie est rattachée au démon, ou à une force extérieure indépendante de l’être humain, telle que l’influence néfaste d’un astre par exemple. C’est ainsi qu’est apparu le terme de « lunatique ». En Angleterre, le « Lunatic Asylum » désignera les institutions spécialisées pour recevoir les aliénés.

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LES TROIS DERNIERS SIÈCLES DU MOYEN ÂGE

-Les sorcières et les fous sont désignés coupables :

Si les cinq premiers siècles du Moyen âge ont assez bien toléré la folie, les trois derniers la bannissent, la condamnent et la persécutent en la rangeant définitivement du côté du péché, de la faute, de la sorcellerie et du démon.

La France, à cette époque, entre dans une période de crise. La guerre avec l’Angleterre ruine le pays. La famine, le manque d’hygiène, des intempéries importantes amènent des Épidémies. Les pouvoirs de l’Église sont déstabilisés par les débuts de la Réforme et par différents scandales qui éclatent dans les monastères et les couvents (débauches et orgies) .

La monarchie, quant à elle, est dangereusement mise en péril, par la folie de Charles VI.

Cette période de récession économique et d’insécurité entraîne, comme toute période de crise, des réactions de peur. Et, pour se protéger, on effectue un retour vers des modes de pensée et de comportement plus rassurants parce que déjà éprouvés par le passé.

L’Eglise et les seigneurs, qui craignent pour leur pouvoir, s’unissent pour se défendre. Et, faute de trouver des remèdes au mal, ils vont chercher des coupables.
Par habitude, on dénonce les juifs, mais ce n’est pas suffisant.
Ce qu’il faut, pour rétablir l’ordre monarchique et religieux, c’est combattre l’infamie et l’incroyance. La misère du peuple trouve son explication : c’est une punition divine contre les péchés.

Il faut donc faire acte de foi, lutter contre l’hérésie, réaffirmer les lois de l’Eglise.

-Le « Malleus Malleficarum » : le « marteau des sorcières »:

L'Inquisition est crée en 1199 par le pape Innocent III. Des tribunaux ecclésiastiques nommés pour juger les hérétiques, utilisent un manuel, le « Malleus » (1487), de Kramer et Spencer, qui désigne les coupables : les sorcières et les possédés :

« Quand on ne peut trouver aucun remède à une maladie,c’est que cette maladie est causée par le diable ».

« Toute maladie inconnue et incompréhensible est digne de sorcellerie et toute sorcellerie vient des désirs charnels qui sont insatiables chez les femmes ».

« La femme est un temple bâti sur un égout ».

Les femmes ont le pouvoir d’exciter les passions ; elles ont le diable au corps, elles sont possédées. Chasser le mal revient à chasser la femme qui l’incarne. Les fous, et surtout les folles, se sont trouvés pris au piège de la chasse aux sorcières, étant eux aussi désignés comme des possédés. Folie et sorcellerie sont toutes deux affaires de diable et doivent subir les même châtiments.

Des bûchers s’allumeront alors dans toute l’Europe, jusqu’au XVI e siècle. Le pape Alphonse V déclarera :

« Les sorcières renient Dieu, jurent par le démon, lui vouent des enfants et les sacrifient ».

Et Ronsard dira aussi :

« Les démons sont dans l’air, participants de Dieu comme immortels, des hommes comme animés de passion. Ils aiment, craignent et dédaignent et même veulent concevoir ».

C’est le mythe de l’union charnelle avec Satan.

Pendant toute la longue période du Moyen âge, la folie trouve sa parenté avec la sorcellerie, la démonologie, la superstition dont elle aura bien du mal à s’affranchir par la suite.

Même plus tard, lorsqu’il sera appelé « malade », le fou en conservera les stigmates qui, publiquement, le condamneront dans sa différence.

Si le Malleus fut cette bible du chasseur de sorcière qui énumérait les signes permettant de reconnaître les possédés, aujourd’hui, les médecins ont à leur disposition un DSM (manuel de diagnostic en santé mentale) qui , donnant la liste des symptômes anormaux, permet d’identifier le fou sans se tromper .

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